Ce sourire ne fait rire que moi. Un rire jaune. J’ai retrouvé une photo, la seule qui me restait, figeant ces 34.8 kilos pour mon mètre 68. C’était même écrit derrière, avec la date et un coeur. Je l’ai retrouvé, et de rage, je l’ai brûlée. Je ne me suis trouvée ni laide, ni maigre dans cette confrontation avec l’image passée. Au contraire, j’ai senti ce sourire niais. Presque nostalgique, presque satisfait. Cette grimace propre au fonctionnement anorexique, ce rictus dont nous connaissons seules la signification.
Et ces nausées qui depuis quelques jours ne me quittent pas… La petite anor fantasme une autre logique, absurde mais à laquelle je croirais presque. Pourtant, je connais les risques, je connais mon corps, par coeur et je sais que je ne veux pas souffrir comme par le passé. Et lui ne me pardonnerait pas la récidive.
Je ne suis pas guérie, ce ne serait pas une rechute. Juste une régression, un simple retour vers ces rassurants mais destructeurs mécanismes qui m’ont construites. Le port des oeillères et des ears, de rigueur avec des chiffres dans la tête. Je n’ai pas envie que ma vie ressemble à ce qu’elle était à l’époque. Compter. Trier. Peser. Mesurer. Courir. Danser. S’épuiser et recommencer. 10 fois par jour s’il le fallait. Celle que j’étais me plaît, enfin me plaît davantage que celle que je suis aujourd’hui mais à quoi bon sacrifier pour ma propre malsaine satisfaction ces petits bonheurs qui me tiennent dans la vie, ces petits bonheurs qui ne sont rien à côté de grammes envolés ?
Je l’ai brûlé parce que je ne sais pas, ne sais plus ce que je veux. Je me suis promise de vivre, de tenir. Je dois. Mais en as-je capacité et volonté ? L’anorexie crie. La vie aussi. D’aigus et de graves, leurs échos se confondent et me terrassent en un chaos.